Développement des compétences psychosociales par ci, « life skills » par là ; les guides d’interventions, les ateliers CPS…

Plusieurs stratégies et plans nationaux soulignent l’importance et les bénéfices de ces programmes. Les acteurs de terrain entendent de plus en plus parler de ces concepts. Mais de quoi parle-t-on au juste ? Et puis, comment pouvons-nous créer et mettre en place ce type de programme ?

Compétences psychosociales, c’est quoi ?

La notion de santé a beaucoup évolué ce dernier siècle passant « de l’absence de la maladie » à « l’état complet de bien-être ». Cela a donné naissance à l’approche de « promotion de la santé ». Elle trouve ses racines dans les années 70. Le Rapport Lalonde (1974) nous indique que l’amélioration de la santé des gens passe davantage par la modification de leur mode de vie ou de leur environnement (Steenberghe et Saint-Amand, 2006).

La promotion de la santé englobe plusieurs concepts clés. Notamment le développement des compétences psychosociales. L’OMS (1993) les définit comme « la capacité d’une personne à répondre avec efficacité aux exigences et aux épreuves de la vie quotidienne. C’est l’aptitude d’une personne à maintenir un état de bien-être mental, en adoptant un comportement approprié à l’occasion des relations entretenues avec les autres (…) »

Selon Jacques Fortin (2012), « elles se situent dans une perspective d’action, sont en grande partie apprises et sont structurées en combinant savoir, vouloir et pouvoir agir. Elles sont impliquées dans tous les moments de la vie (life skills), notamment dans l’apprentissage scolaire et la santé ». Il s’agit donc des outils d’adaptation face aux situations de la vie.

Quelles habilités ?

En 1993, l’OMS liste 10 compétences présentées par couples. En 2001, le nombre de CPS augmente et elles sont regroupées en 3 catégories (sociales, cognitives et émotionnelles). Néanmoins, les deux classifications sont utilisées aujourd’hui dans les pratiques professionnelles.

éducation émotionnelle

La première classification est assez structurante dans ses applications pratiques et pédagogiques. La seconde est plus « savante » faisant référence à l’évolution des connaissances et renvoie aux différentes sphères psychologiques. Elle implique trois aptitudes fondamentales :

  • Introspection (compétences cognitives) : connaissance de soi, identité, auto évaluation – « Moi ».
  • Empathie (compétences émotionnelles) : besoins, émotions, ressentis – « Tu ».
  • Intégration (compétences sociales) : faire preuve d’ humanité, apprécier les différences, relations avec les autres – « Nous ».

Depuis les années 2000, l’OMS encourage vraiment l’utilisation de la classification en trois grandes catégories de compétences.

Principaux enjeux de l’adolescence

Nous avons vu que la santé en tant que bien-être physique, psychosocial est déterminée par un ensemble de facteurs dits biopsychosociaux. Autrement dit, la santé dépend d’une multitude de déterminants de natures différentes, ainsi que de l’interaction entre ces facteurs.

Les études démontrent que les compétences psychosociales agissent sur le stress, augmentent l’estime de soi et favorisent les relations positives. De manière globale, elles favorisent le bien-être de l’enfant et de l’adolescent. Cet état de bien-être permet de réduire les comportements à risques : les problématiques liées à la violence, aux addictions, aux troubles anxio-dépressifs, etc. De plus, nous savons aujourd’hui qu’il y a une interaction importante entre le bien-être et la réussite scolaire.

Pour être efficace il est nécessaire de développer les compétences psychosociales dès le plus jeune âge, de manière continue et sur les différents environnements de vie (école, famille, lieux de loisirs, etc.).

7 facteurs d’efficacité d’un programme

  1. Pour mettre en place un programme, je m’appuie sur des ateliers fondés scientifiquement (modèles et théories adaptés).
  2. Je précise bien les processus qui justifieraient la volonté d’optimiser des compétences psychosociales. Il existe de nombreux modèles qui aident à comprendre les processus mis en œuvre dans l’intention d’agir, le passage à l’action et le maintien d’un comportement.
  3. J’inscrit le programme dans la durée (environ 10 séances) et de préférence être pluriannuels. Mais les interventions ponctuelles peuvent être également bénéfiques.
  4. J’utilise l’approche humaniste et une démarche de psychoéducation. Il ne s’agit pas de transmettre un savoir ! L’intervention se fait par la mise en place d’un cycle d’ateliers expérientiels (cf. apprentissage de Kolb, 1984), participatifs et non descendants.
  5. J’articule ces ateliers avec toutes les pratiques informelles et l’environnement. Le développement des compétences psychosociales s’inscrit dans une démarche systémique.
  6. Je travaille mes propres compétences psychosociales et je participe à la supervision. En effet, la particularité des programmes CPS, c’est que leurs impacts dépendent de la posture de l’intervenant et de ce qu’il va démontrer.
  7. Les Inégalités Sociales de Santé (ISS) constituent un point d’attention. Je reste vigilant et j’évite « l’effet de serre », notamment chez les enfants déjà assez habiles dans leurs compétences personnelles et relationnelles.
prévention et promotion de la santé

Aujourd’hui, en France, l’idée prospère. On entend de plus en plus parler du concept : dans les différents milieux professionnels de la santé ou de l’éducation, des champs de la recherche aux acteurs de terrain, en passant par les institutions ou le grand public. Les acteurs de terrain (enseignants, éducateurs…) ont de plus en plus accès à des outils d’interventions comme des guides, des kits d’activités, des jeux produits par des praticiens avertis. Toutefois, les savoir-faire, sont eux, encore largement à développer. Heureusement que des formations existent !